Il y a un peu plus d'un an, j'ai lu le Manifeste Xénoféministe. Une version papier, format zine, récupérée sur une table d'un collectif anarchiste. C'est une lecture qui m'a marquée. Elle a produit en moi un mélange d'émotions très particulier: d'un côté une détermination et un espoir très fort, et de l'autre un sentiment de gène, de contradiction interne sur laquelle je ne parvenais pas à mettre le doigt. J'ai du le relire plusieurs fois, et chercher à le croiser avec d'autres lectures

L'idée centrale de la proposition XénoFéministe est la suivante: le capitalisme exploite la technologie. Nous (mais qui est ce "nous" ?) devons utiliser ses outils contre lui, à une échelle planétaire. Tout effort local ou à petite échelle est un manque d'ambition. L'aliénation produite par le capitalisme technologique ne doit pas être combattue, mais au contraire embrassée, nourrie, car c"est l'aliénation qui nous apportera la libération.

Ca vous parait chelou ? Ouais moi aussi. On va pas se mentir, je capte pas trop. Je ne sais pas ce que ça veut dire "la libération par l'aliénation". Et pourtant, je suis une fille de la matrice. Pas née dedans, mais tombée dedans la tête la première.

Un des trucs que j'ai appris dans mon travail militant, c'est d'accorder plus d'importance à ce que les gens font qu'à ce qu'iels disent. Pas que les mots ne soient pas importants ou ne puissent pas avoir d'impact, mais parce que les actions en disent plus sur qui sont les gens et ce qui les motive. Et si on parle des mots, il faut regarder comment ils sont employés: à qui sont-ils destinés ? Comment sont-ils diffusés ? Construits ? Préservés ?

Et on va pas se mentir, c'est là où le XénoFéminisme, en tant que mouvement intellectuel, commence à s'effriter sous mes yeux. XF prône une infrastructure planétaire, ouverte, égalitaire, pour construire un partage des savoirs et des idées. Une infrastructure qui ne repose pas sur la société capitalo-patriarcale.

Moi, transmeuf, activiste, hackeuse, je n'ai pas accès à 80% de la production de ce mouvement. Je ne peux pas la lire. Pourquoi ? Parce qu'au lieu de construire, XF s'ancre profondément dans une façon de diffuser des savoirs archaïque, classiste, et bourgeoise: le monde de la publication académique. Entre les paywalls et les liens morts de bitrot, je ne compte plus les documents aux titres alléchants que je ne peux pas lire.

Ca je l'ai vu que quand j'ai voulu creuser. Mais le point de départ, le fait que je suis partie creuser, c'est que je me suis sentie attaquée. D'un côté, XF prône des valeurs et des idées que je partage, de l'autre on m'explique que ma façon de faire (locale, ancrée dans une réalité matérielle et matérialiste) manque d'ambition et d'impact et ne changera jamais les choses.

Et si je veux en savoir plus, j'ai qu'à acheter un abonnement chez Elsevier.

Mais qu'elles aillent se faire foutre ?

TODO: blabla sur le retour de la conf XF de 2015